La démocratie selon Tocqueville

Cette petite synthèse de la vision de la démocratie selon Tocqueville, philosophe du 19ème siècle est encore tellement d’actualité. Source : http://perso.orange.fr/sos.philosophie/tocquevi.htm

” La démocratie est une société où l’égalité est considérée comme une valeur essentielle, où la participation de tous aux affaires publiques est garantie et où la mobilité sociale interdit la constitution de catégories de privilégiés. Mais la démocratie est aussi individualiste. L’âge démocratique n’a pas pour principe la vertu comme le pensait Montesquieu mais se caractérise, au contraire, par l’avidité des hommes pour les jouissances matérielles. C’est parce qu’ils comprennent leur véritable intérêt que les égoïsmes se mettent au service de la prospérité générale. Ainsi, l’amour du bien être, la rivalité favorisent en réalité un ordre social stable. Ce qui menace la société démocratique n’est pas la révolution mais le conformisme, l’oubli de la liberté au nom de l’égalité.
La démocratie n’est en effet pas sans danger. Si la démocratie sociale est acquise, il n’en est pas de même de la démocratie politique. Le risque de la tyrannie de la majorité, de la dictature de l’opinion, de la centralisation des pouvoirs subsiste. Le danger réside dans la démission de la sphère politique, le renfermement sur soi, bref le triomphe de l’individualisme. Les individus s’en remettent au pouvoir collectif et naît alors une servitude consentie. L’individualisme brise la communauté, le désengagement laisse le terrain libre à l’Etat et ouvre donc la voie au despotisme et à l’absolutisme de l’Etat dont le pouvoir protecteur s’étend d’autant plus qu’il prétend mieux protéger. L’opinion publique n’est alors plus l’instance qui protège de l’arbitraire de l’Etat mais, au contraire, un instrument de conformisme du nombre où l’intelligence de chacun est écrasée par l’esprit de tous. Ainsi s’ouvre la voie à un despotisme prévoyant et doux dont la description qu’en fait Tocqueville n’est pas sans faire penser aux critiques ultérieures de l’Etat-Providence à la fois prévenant et dangereux. Trop d’égalité nuit car elle efface toute diversité de sentiment et toute disposition à l’action. Il y a une opposition entre égalité et liberté qui n’est, certes, pas inéluctable mais qui existe dans les faits. Dès qu’un pouvoir, fût-il issu de la volonté populaire, agit sans contrôle ni obstacle, il y a tyrannie. La toute puissance est en soi dangereuse si elle est sans contrôle ni obstacle même s’il s’agit de celle du peuple et même si elle prétend agir pour le bien du peuple. Dans la démocratie, l’avis majoritaire devient une norme sacralisée, incontestée et donc un subtil despotisme.
Comment prévenir ces dangers ? Comment préserver la liberté politique ? Il faut pour cela la décentralisation, la séparation des pouvoirs, l’existence de contre-pouvoirs (associations, presse) et le respect des croyances religieuses.
La décentralisation a une portée civique puisqu’elle multiplie les occasions des citoyens de s’intéresser aux affaires publiques et les accoutume à la liberté. Les associations habituent les hommes à se passer du pouvoir. La presse doit faire entendre la voix spontanée du peuple en parallèle avec la volonté du peuple que prétendent exprimer les Assemblées. Les croyances religieuses apportent à la démocratie l’assise morale qui lui est nécessaire.
Tout ceci est néanmoins inutile sans le civisme démocratique : c’est à l’individu de vouloir la liberté. Il faut donc faire appel à l’esprit de liberté de chacun.
Malheureusement, les démocraties modernes semblent aller dans l’autre sens et l’individu risque de préférer un confort médiocre mais sûr, affaiblissant ce goût pour la liberté. Le goût pour l’égalité est trop fort, accroissant la convoitise à l’égard des plus favorisés. La démocratie devient alors conservatisme parce que la majorité craint d’avoir plus à perdre qu ‘à gagner dans la révolution. Elle est une société à la fois turbulente, à cause des inévitables inégalités de conditions qui entraînent la convoitise, et stable. “

3 commentaires pour “La démocratie selon Tocqueville”

  1. bruno dit :

    Excellente synthèse. Merci

    Il y a juste un point sur lequel je trouve que tu n’insistes pas assez, quand tu dis:

    “Comment prévenir ces dangers ? Comment préserver la liberté politique ? Il faut pour cela la décentralisation, la séparation des pouvoirs, l’existence de contre-pouvoirs (associations, presse) et le respect des croyances religieuses.”

    je pense qu’il faut aussi la limitation des pouvoirs. Je crois qu’il faut être très explicite. La dérive démocratique commence lorsque les pouvoirs de l’état ne sont pas clairement limités: la décentralisation, la séparation des pouvoirs, l’existence des contre pouvoirs ne sont que des moyens pour y arriver.

    L’absence de limitation de pouvoirs c’est un peu comme la consommation de cigarette: cela créée une sorte d’addiction étatique. Le mécanisme en est simple: à partir du moment où l’état peut exercer un pouvoir qui n’est pas clairement limité, il y a toujours une bonne raison pour lui demander de faire toujours un petit peu plus: un petit plus pour corriger cela, ce serait tellement facile que l’état viennent régler ce problème et puis hop une petite loi par là pour aider telle catégorie de personnes très “clairement défavorisée”, qu’est ce que cela coûte voyons, ne soyons pas égoïste…. tout comme la cigarette au début cela ne coute rien, puis petit à petit cela coûte de plus en plus et cela devient ingérable.

    Mais quel est le prix vraiment payé pour cette ingérence croissante? Le prix est très simple c’est le retrait progressif de la société civile. A quoi bon chercher à mobiliser les solidarités individuelles quand l’état peut intervenir…. du coup on retrouve le pire des individualismes : celui qui se décharge sur l’état de sa responsabilité participative et politique individuelle. C’est ce qu’on peut voir quand on voit des fonctionnaires bloquer tout un pays pour faire grève afin de défendre leur intérêt catégoriel au nom de la solidarité…

    Merci de toute façon pour ta très belle synthèse

  2. jean-louis dit :

    @ Bruno

    Comme indique, ce texte n’est pas de moi mais d’un professeur de philosophie qui propose sur internet une synthese de la vision de Tocqueville, que j’estime tellement d’actualite (Voir source sur l’article lui meme).

    Tout a fait d’accord avec tes propos. Nous avons aujourd’hui un systeme de lois devenu tellement complexe a la suite d’ajustements par ci et par la…

  3. Ada dit :

    la synthèse proposée est en effet très séduisante. la pensée de Tocqueville est elle-même très séduisante. pourtant quelque chose me chiffonne.

    le problème quand on lit Tocqueville, c’est qu’on en vient à penser que la démocratie risque de devenir tyrannie de la majorité. à penser comme cela, effectivement un bon système de “checks and balances” est indispensable. ce qui me dérange, c’est que, pour moi, la démocratie s’est faite tyrannie des minorités, minorités assez fortes pour arriver à manipuler la majorité.
    le meilleur système d’équilibre des pouvoirs, en imaginant qu’on puisse l’atteindre pour un moment donné, ne réglera pas forcément les plus gros problèmes de la société, à mon (très humble) avis. et ceci, pour la simple et bonne raison que tous les pouvoirs ne sont pas visibles, comment dès lors équilibrer le tout?

    j’aimerais bien croire qu’un système puisse améliorer les choses. je ne sais pas. cherche-t-on vraiment au bon endroit?

    ce n’est qu’un simple avis. je ne suis pas du tout spécialiste de philosophie, d’économie et encore moins de science politique. ce n’est que l’avis d’un “passant de la rue”.

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